Parure de chef, parure de fête
Coiffe d'or, grand collier, pectoral au visage scarifié : ce que porte le chef baoulé en grand apparat n'est pas resté enfermé dans la cour royale. Le même vocabulaire, allégé mais fidèle, habille aujourd'hui les mariages, les dots et les grandes célébrations baoulé.

La parure du chef
Sur cette coiffe, chaque plaque d'or racontait une part du pouvoir de celui qui la portait : l'éléphant pour la force du royaume, le croissant pour la sagesse qui prend son temps, les plaques géométriques pour l'ordre du lignage. Rien n'y est décoratif : la coiffe, la chaîne, le pectoral, la bague, le tabouret, le chasse-mouches et la canne disent chacun quelque chose de son rang, de sa lignée ou de la protection des ancêtres.
Ce qui fait tenir l'ensemble, c'est un même système visuel répété de la tête aux pieds : le visage-masque scarifié circule de la coiffe au pendentif jusqu'au manche de la canne, les mêmes motifs (spirale, croissant, losange, animaux porteurs de proverbes) reviennent d'un objet à l'autre, et la cire perdue, plus le placage d'or, unifient des matières aussi différentes que le métal et le bois. C'est ce système, et non telle ou telle pièce isolée, que l'on retrouve aujourd'hui, transposé, dans les bijoux de fête.
Ce que porte le chef en grand apparat
Un petit point doré discret se cache sur chaque pièce : touchez-le pour la voir sortir de la page.
La coiffekyè / abotire
Bonnet cylindrique en velours couvert de masques et de pendentifs en or, flanqué de cornes stylisées. Fermée et entièrement ornée, on l'appelle kyè ; ouverte au sommet, abotire.
La grande chaînenfloû bâ tri
Lourde chaîne en or portée autour du cou, dont le rôle est de soutenir le grand pendentif de poitrine. Elle porte le poids et le prestige du personnage.
Le pectoral
Suspendu au bas de la chaîne : masque à visage humain scarifié, ou disque figuratif (bélier, poisson, crocodile, tortue), plaque « porteuse d'âme » réservée à certains membres de la famille royale.
Le petit collierâfié / ndioulâba
Sous le pectoral, un collier plus fin serré au cou : perles de verre ancien chez les femmes, sphères d'or ajourées ou perles en losange chez le chef.
La bague
À gros chaton figuratif coulé à la cire perdue. Le motif dit une qualité du porteur : le caméléon pour la patience, la tortue pour la fécondité.
Les poids baoulé
Petits objets en laiton ou en bronze, coulés à la cire perdue pour peser l'or. Leurs motifs, géométriques, animaliers ou puisés dans la nature, ne sont jamais de simples décors : chacun renvoie à une valeur ou une croyance précise chez les Akan.
Le tabouretbia
Le siège de l'âme du roi, recouvert d'or, d'argent ou de cuivre. « Là où il n'y a pas de tabouret, il n'y a pas de roi » : le chef est mortel, le bia lui survit.
Le chasse-mouches
Insigne réservé aux dignitaires, au manche plaqué or. Autrefois en queue d'éléphant, il écarte symboliquement les mauvais esprits de l'assemblée.
La canne
Sceptre au manche plaqué or, sculpté d'un visage-masque : la représentation d'un ancêtre qui accorde sa bienveillance au chef et à ses sujets.

L'homme, du trône à la dot
Ce que le chef portait autrefois seul, en signe de pouvoir, s'est aujourd'hui largement vulgarisé. Lors d'une dot ou d'un mariage baoulé, le père, l'oncle ou le marié porte à son tour une coiffe simple tressée d'or, qui répond à la kyè royale, et un gros collier de perles d'ambre et de boules d'or, qui reprend le principe de la nfloû bâ tri, la chaîne qui portait autrefois le prestige du chef sur la poitrine.
Ce que la dot n'emprunte pas, en revanche, c'est le tabouret, le chasse-mouches ou la canne : ces trois insignes restent réservés à la chefferie. Tout le reste, la coiffe, le collier, la bague, le bracelet, s'est démocratisé et pare aujourd'hui n'importe quel homme le jour de sa cérémonie.

La femme, entre grâce et symbole
Chez la femme aussi, ce qui distinguait autrefois la cour s'est ouvert à toutes. La coiffe de perles remplace la coiffe d'or du chef, mais joue le même rôle : signaler que ce jour est un jour de cérémonie. Le collier âfié, en petites perles de verre ou en or, se porte serré au cou comme celui du chef ; bracelets et chevillières reprennent le principe des pendentifs-disques, parfois ornés d'une tortue ou d'un caméléon, comme sur les bagues royales. Le même langage des proverbes se transmet ainsi aux femmes de la famille, bien au-delà de la seule cour royale.
Les motifs blancs au kaolin peints sur la peau, pendant la danse de dot ou la fête, appellent la même protection des ancêtres que le chasse-mouches du chef écartait autrefois des mauvais esprits.

Les enfants, déjà dans la parure
Dès l'enfance, filles et garçons sont parés d'or lors des grandes cérémonies familiales : coiffe, chaîne, bracelet, parfois en miniature du modèle porté par les adultes. Ce n'est pas un simple déguisement : c'est déjà l'annonce, aux yeux de la famille et du village, de la place que cet enfant occupe dans la lignée.
C'est aussi ainsi que le savoir se transmet : une mère qui pare sa fille et son fils du même collier qu'elle porte elle-même leur apprend, avant les mots, le poids et le sens de chaque bijou.
Chef, dot et fête, en images







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